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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 10:05

Philippe-BODIER.JPG

Sur son ordinateur, Philippe Bodier a quelques vidéos de ses jeunes champions. Et quand il les regarde, c'est avec passion qu'il revit les courses.

Autorisation du 03.02.2005    


Petit, il rêvait de Paris-Bordeaux. Devenu grand, Philippe Bodier aura été l’un des artisans de l’école française de la piste. L’une des meilleures au monde.



L'agenda de Philippe Bodier est, pour le moins, chargé. Conseiller technique national de la Fédération française de cyclisme, chargé notamment de la piste juniors, l'homme de Chançay voyage beaucoup. En France, comme à l'autre bout du monde. Mais ce jour-là, Philippe Bodier avait le temps. Les petits-enfants jouaient à côté, le feu flambait dans la cheminée et dehors, c'était tout blanc.

Vous n'êtes pas d'une famille de cycliste et pourtant vous en avez fait votre vie. Comment êtes-vous venu au vélo ?

« Tous les ans, mon père m'amenait voir Bordeaux-Paris à la Grand-Vallée, entre Monnaie et Château-Renault. On allait aussi voir les arrivées du Tour sur la cendrée de Grammont, à l'époque de Darrigade. Et puis, très tôt, j'ai été un pirate à vélo ! Pour aller à l'école, j'avais 3 km à faire et je pédalais comme un fou. Le soir, on faisait avec les copains le tour de l'église à Rochecorbon ! Mais mon père m'avait dit " t'auras un vélo qu'après ton certificat d'études ". Alors, quand je l'ai eu, il m'a amené place Plumereau, à Tours, aux cycles Berger… »

Et cela vous a amené, quelques années après, à devenir un des meilleurs amateurs sans jamais passer pro. Pourquoi ?

« Ma première sélection en équipe de France, c'est en 1970 sur le Tour du Limousin : je finis 2e ce qui est plutôt pas mal ! Suivront onze ans de haut niveau amateur, sans aucune couverture sociale. C'est un peu le problème… Mais quand on est jeune, on ne pense pas à plus tard. Ça, c'est une bêtise. J'ai couru un peu avec les pros, j'ai eu des opportunités de passer pro notamment en 1973 où, après ma 5e place sur le Tour de l'Avenir, André Desvages m'avait approché. Mais ça ne s'est pas concrétisé. »

Cela vous laisse des regrets ?

« Oui et non. J'aurais aimé au moins faire le Tour de France parce que j'avais des aptitudes pour les courses à étapes. En 1977, je finis 7e du Tour de l'Avenir mais je perds en réalité le maillot trois jours avant la fin sur chute. C'est une de mes grandes déceptions. »

Vous avez été largement comblé ensuite, dans la fonction d'entraîneur. Ce poste, c'était une vocation ?

« Oui, je pense que très tôt j'aimais donner des conseils dans mon club de Monnaie, j'avais déjà le goût de la transmission du savoir. J'ai passé mes diplômes d'État, après quoi deux postes m'ont été proposés : CTR en Poitou-Charentes ou CTD en Touraine. J'ai choisi le second parce que j'avais envie de me poser après avoir beaucoup bougé et puis, aussi, pour essayer de passer mon savoir aux gens de chez moi. Ensuite, j'ai eu la chance d'avoir pour premiers coureurs des garçons comme Franck Boucanville, Bruno Bonnet qui sont passés pros après. »

Et la piste alors ? Pourquoi cette conversion ?

« C'est vrai que, cycliste, j'ai fait très, très peu de piste même si j'ai quand même été champion de l'Orléanais 77 en poursuite. Finalement, j'y suis venu avec Frédéric Magné, qui a grandi en face de la maison, à Montlouis ! Mon travail de CTD m'a amené sur la piste parce que je faisais faire aux coureurs les trois disciplines : route, cyclo-cross et piste. Et puis, j'ai eu la chance de tomber sur l'oiseau rare. »

Et Magné n'était que le début d'une longue série !

« Je m'étais dit que jamais je ne reverrais un mec comme ça. Et cinq ans après, en 90, j'ai deux cadets champions de France le même jour : Rousseau et Mauduit. Ça, c'était incroyable. Il y a aussi eu Céline Nivert, également du département. Elle a marqué ma carrière parce que je l'ai accompagnée du titre départemental au titre mondial juniors de vitesse. »« Nicolas Rousseau habitait, lui, à 3 km de chez moi. Je l'ai amené jusqu'au titre de vice-champion du monde de poursuite par équipes juniors. Tous ces jeunes, je m'en occupais toute l'année en tant que CTR de l'Orléanais, et j'avais la chance de les retrouver en équipe de France. »

Quel qualificatif préférez-vous : entraîneur, éducateur, formateur ?

« Je me sens plus une vocation de formateur-éducateur. Mon rôle a été de mettre les coureurs en confiance pour ensuite pouvoir faire des performances : l'aspect psychologique a toujours beaucoup compté pour moi. L'entraînement était le complément indispensable. Tous ces champions ont des aptitudes mais il faut aussi les aider parce qu'ils ont vite fait d'être démoralisés. Prenez Florian Rousseau, il était très sensible, surtout jeune. »

Dernière question : vous êtes d'une famille de viticulteur. Quel rapport entretenez-vous avec cet univers ?

« Je buvais très peu de vin quand je courais, au grand désespoir de mon père : je faisais le métier ! Mon père était viticulteur-agriculteur sur les hauts de Rochecorbon et moi, pendant la campagne des vendanges, je portais la hotte. Cela me faisait faire de la musculation. Je n'ai pas pris la suite mais j'apprécie aujourd'hui le bon vin, bien sûr ! »

billet

Une nouvelle vie l'attend

L'interview n'est pas encore commencée que Philippe Bodier en parle déjà : « C'est ma dernière ligne droite. » L'heure de la retraite est venue, ou presque. Ce devrait être pour l'été 2013. Mais en réalité, il devrait cesser ses activités dès la fin de l'année. Philippe Bodier le confesse : « J'appréhende quand même, parce que j'aime mon métier. Alors, je m'y prépare. » Il sait aussi que l'entraîneur a une reconversion toute trouvée : celle de super papy. Dans un an, il profitera à plein de ses petits-enfants de Reugny et Fondettes et d'Evelyne, sa femme qui a « fait beaucoup de sacrifices » car, glisse-t-il, « je fais partie des rares cadres techniques à ne pas être divorcé ». La fédération, elle, pourra s'incliner devant ce serviteur du vélo.

cv

Né le 4 mars 1949, à Vernou. Le cycliste > Débute le cyclisme en 1964 au VC Tours. En 1971, il rejoint le VS Monnaie où il sera licencié jusqu'en 1981. > Principaux succès : Circuit de Beauce et Perche 1973, Tour d'Alsace-Lorraine 1976, Tour Européen 1978, Tour de Nouvelle-Calédonie 1978, Paris-Dreux 1980 (100e vict.). > Principaux accessits : 2e du Tour du Limousin 1970, 2e du Tour de Yougoslavie 1977, 2e du champ. de France de contre-la-montre par équipes 1976, 3e du champ. de France 1976, 2e de la Route de France 1976, 5e du Tour de l'Avenir 1973, 13e de Bordeaux-Paris open 1981. L'entraîneur > Conseiller technique départemental d'Indre-et-Loire de 1981 à 1994 et en charge à partir de 1985 de la piste et de la formation des cadres au comité régional. > Conseiller technique régional de l'Orléanais de 1995 à 2009. > Responsable de l'équipe de France juniors sur piste depuis 1997. > Conseiller technique national depuis 2010.

la phrase

« Mon gros regret, c'est les JO. »

Comme il le dit lui-même, Philippe Bodier, malgré ses onze ans de haut niveau, est « passé à côté des Jeux à chaque fois ». En 1976, il s'y serait pourtant bien vu. « Je suis vice-champion de France de contre-la-montre par équipe et j'étais un des plus forts de l'équipe. Mais le DTN d'alors a décidé que ce serait les Bretons, champions de France, qui iraient représenter la France. Là, ç'a été une grosse déception. »

Propos recueillis par Annaïck Mainguy

Une marque déposée

Sous la houlette de Philippe Bodier, conseiller technique régional de 1995 à 2009, l'Orléanais est devenu une véritable pépinière pour l'équipe de France de piste. Magné, Rousseau, Sireau en sont les exemples les plus prestigieux. Julien Palma, champion du monde de vitesse par équipes (2010) et de keirin (2011) chez les juniors, marche sur leurs traces, lui qui a rejoint depuis deux ans le temple de l'Insep. Si l'Orléanais a eu la chance de voir éclore tous ces champions, ce n'est pas tout à fait le fruit du hasard. Mais bien d'une politique. « Il n'y a pas de secret ! Notre méthode, c'était de mettre en place énormément de stages départementaux et régionaux qui nous permettaient de faire de la détection et d'être très forts ensuite. Là-dessus, le comité de l'Orléanais était en avance. » Et Philippe Bodier n'y était pas étranger. « Mais il a fallu se battre, se déplacer énormément pour convaincre. C'était un véritable travail de fourmi. » Mais un travail qui a largement été récompensé. Et si les méthodes ont évolué aujourd'hui, faisant la part belle à une approche scientifique, l'Orléanais reste une place forte de la piste.                                

Par Annaïck Mainguy - Publié dans : PISTE - Communauté : CYCLISME, masculin, Féminin (01/01/12)
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